Des projets comme TradeLens et GSBN illustrent bien notre ouverture aux écosystèmes
CMA CGM est l’une des principales entreprises mondiales de transport maritime et de logistique. En 2 ans, le groupe a dynamisé sa transformation en montant sa digital factory. Mais au-delà de la digitalisation, cette nouvelle posture a changé la capacité d’innovation en écosystème de CMA CGM. Explications de François Bottin, directeur de la digital factory.
Alliancy. Pourquoi CMA CGM avait-elle besoin d’une Digital Factory ?
François Bottin: "CMA CGM n’a pas découvert le numérique à la création de la Digital Factory en juillet 2017. De nombreux projets digitaux étaient déjà menés afin de transformer le groupe. Toutefois, nous avons dû nous structurer pour assurer le fonctionnement optimal du système d’information existant et le suivi des nouveaux projets. Rodolphe Saadé, Président Directeur Général du Groupe CMA CGM, a donc décidé, dans le cadre de sa stratégie de transformation digitale, de créer une équipe dédiée aux projets digitaux : la Digital Factory."
Comment avez-vous monté cette équipe ?
François Bottin: "L’ambition était claire. Nous avons décidé de valoriser nos experts internes et avons lancé la Digital Factory avec 40 personnes motivées issues du groupe. Son scope est large : IoT, Blockchain, datascience, mais aussi API, et la responsabilité de transformer les méthodes de travail et de collaboration. Nous avons ainsi pu mener le déploiement d’Office365 pour 30 000 personnes dans le monde entier, tout en gérant l’accompagnement au changement"
Comment est perçu la nécessité de « s’ouvrir » davantage pour une entreprise comme CMA CGM ? L’entreprise a-t-elle une stratégie de plateformisation ?
François Bottin: "Notre volonté d’ouverture est double : mieux collaborer avec nos entités régionales (le groupe est présent dans 160 pays), avec aussi le territoire marseillais et son eco système (via par exemple le programme SMART PORT in Med), et aussi faire appel à des expertises externes via nos partenaires. Pour illustrer le premier cas, historiquement le système d’information de CMA CGM était centralisé que ce soit pour la gestion financière ou pour notre cœur de métier, le shipping. Tout était géré depuis notre siège, à Marseille. Cela correspondait à un objectif IT cohérent au début des années 2000 mais qui devait évoluer avec la transformation DIGITALE. En effet, chaque entité du groupe a aujourd’hui la possibilité de mettre en place des solutions Digitales performantes de manière indépendante du siège (hébergement cloud, appel à des startups pour livrer des solutions à moindre cout…). Nous voulons éviter cela et assurer une cohérence globale des solutions proposées, c’est une des missions de la Digital Factory. Nous avons par exemple défini les méthodes et les règles de développements des API. Nos entités régionales ou nos filiales qui souhaitent mettre en place des APIs peuvent le faire sans être dépendantes des ressources du siège. Nous améliorons ainsi le time to market en augmentant nos capacités de livraison de solutions Digitales."
Et sur l’extérieur ?
François Bottin: "Des exemples récents illustrent bien notre ouverture et notre travail en écosystème, nous participons notamment aux projets TradeLens et GSBN. Autre exemple, Le Groupe CMA CGM participe aussi activement au programme SMART PORT, ce dernier a pour vocation de transformer le port de Marseille Fos afin de le rendre plus attractif et innovant.
Cette année, le Smart port Challenge a rassemblé grandes entreprises et startups de la région SUD/PACA pour la mise au point de projets et expérimentations inédites. Nous avons notamment présenté avec la start-up Navalgo une solution pour prévoir de manière fiable la date de sortie du terminal des conteneurs, ForETA."
Qu’est-ce qu’implique le fait de coopérer avec un concurrent comme Maersk au sein d’une telle plateforme ?
François Bottin: "Pour TradeLens, notre logique a été de nous dire que nous devions être de l’aventure dès le début afin de pouvoir peser sur le développement de ce nouvel axe de fonctionnement pour l’écosystème. Mais plus généralement, c’est un signe de la transformation globale de notre métier. Ce mouvement de plateformisation est en effet assorti d’un impératif : travailler sur de nouveaux différenciateurs, sur de nouveaux « value-added services ». Dans le secteur du transport maritime, la concurrence a été exacerbée lors de la période de concentration que nous avons connue il y a quelques années. Aujourd’hui, tous les experts s’accordent cependant à dire que ce mouvement de concentration horizontale est terminé. L’excellence sur notre cœur de métier qui est le transport maritime est là. Nous devons donc développer des nouveaux services innovants et différenciants à nos clients."
For example?
François Bottin: "Price lists, ship schedules... As is the case in every industry, data becomes a strategic issue. We need to enhance their value more effectively and create value for our customers. This explains our interest in smarter containers, thanks to the IoT on which we are innovating in association with Traxens (a Marseille start-up that recently raised 20 million Euros and in which CMA-CGM is a shareholder, editor's note). With these, we can in real time recover the data of shocks to containers or the composition of their interior atmosphere... So much information that is valuable to our customers. More generally, this global transformation of our business also represents new ambitions for the company. Thus, Rodolphe Saadé's desire is to become a global logistics operator, including on land, as is proven by the acquisition of Ceva Logistics at the beginning of the year."
François BOTTIN, Director Digital Factory : "As is the case in every industry, data becomes a strategic issue. We need to enhance their value more effectively and create value for our customers."
Et du point de vue des évolutions nécessaires de votre système d’information ?
François Bottin: "Nous avons dû mener plusieurs chantiers structurants. Au sein de la Digital Factory, nous avons ainsi créé une équipe de 10 personnes dédiée à une nouvelle API Factory. La maîtrise des API est essentielle pour permettre l’interconnexion entre notre système d’information et les nouvelles plateformes, comme TradeLens. Mais cela ne suffit pas, nous avons également lancé une refonte de l’architecture historique de notre système d’information pour passer à une logique de microservices. Nous avions, comme beaucoup de grandes entreprises, un système assez rigide, auquel il a fallu apporter une certaine agilité. A partir d’un fonctionnement en microservices, très modulaires, il devient possible de modifier certaines parties du système d’information rapidement, sans que cela n’impacte le reste. C’est ce qui permet ensuite de s’interconnecter aisément à des acteurs internes, comme nos forces commerciales, ou externes, pour nos partenaires et pour les nouveaux services proposés à nos clients."
Source : Article publié par Alliance, Le Mag > http://bit.ly/2qrOxjF